L’éolien à tout prix, une impasse écologique

D’un côté, les pou­voirs publics encou­ragent l’installation de coû­teuses éoliennes qui défi­gurent le pay­sage et ne pro­duisent que par inter­mit­tence. De l’autre, Bruxelles décou­rage l’hydroélectricité en vou­lant détruire bar­rages et mou­lins au nom de la conti­nui­té des cours d’eau. Où est la logique éco­lo­gique ?

C’est un des mys­tères fran­çais les plus intri­gants de notre époque : alors que des mil­liers d’éoliennes fleu­rissent sur le ter­ri­toire, des dizaines de mil­liers de mou­lins, bar­rages, rete­nues d’eau, lacs, écluses et biefs sont voués à la des­truc­tion admi­nis­tra­tive.

Pour para­phra­ser la for­mule du géné­ral de Gaulle, l’écologie étant une affaire bien trop sérieuse pour la confier à des éco­lo­gistes, ten­tons de l’aborder ici en novice et sans par­ti pris.

Dans un ouvrage aus­si cou­ra­geux que docu­men­té (*), Pierre Dumont et Denis de Kergorlay détaillent ce nau­frage annon­cé qu’incarne le parc éolien ter­restre fran­çais. 7.000 éoliennes, de plus en plus nom­breuses (objec­tif 50.000 à hori­zon 2050) et de plus en plus grandes, font cou­ler tou­jours plus de béton dans la terre ; mas­sacrent nos pay­sages, consti­tu­tifs de notre patri­moine et de notre iden­ti­té ; font la for­tune d’une poi­gnée de finan­ciers, d’industriels et d’agriculteurs plus chan­ceux ou connec­tés qu’avisés.

Frankestein éco­lo­gique

Avec ces cornes d’abondance de béton et de métal mêlés, viennent leurs corol­laires : la pré­va­ri­ca­tion, la pol­lu­tion des terres, la mise en dan­ger de la faune ani­male, des oiseaux et des chauve-​souris. N’en jetez plus ? Malgré des dizaines de mil­liards de sub­ven­tions détour­nées du pou­voir d’achat des Français (sous forme d’impôts), l’éolien, cerise sur le gâteau, est l’une des éner­gies les moins ren­tables du mix éner­gé­tique fran­çais : deux fois le coût du nucléaire ; 57 % plus cher que le solaire ; et l’intermittence de cette éner­gie oblige à doter les éoliennes de moyens de pro­duc­tion pilo­tables… émet­teurs de CO2 ! En lan­gage de Millennials, cela s’appelle un vent.

Ce Frankenstein éco­lo­gique est le fruit de deux des pires maux fran­çais actuels : d’abord, l’option pré­fé­ren­tielle pour l’idéologie et l’affichage poli­tique plu­tôt que les faits : les éoliennes sont rui­neuses et nuisent à l’environnement, et alors ? Ces monu­ments visibles de « l’action en faveur du cli­mat » – péri­phrase qui ne signi­fie rien – sont la preuve vivante que les poli­tiques font de l’écologie. L’objectif est atteint. Ensuite, le jaco­bi­nisme bureau­cra­tique, peu importe qu’il soit pari­sien ou bruxel­lois, s’impose à la connais­sance et l’initiative locales.

Alors que se déploient sur tout le ter­ri­toire ces ver­rues ver­ti­cales pol­luantes, l’on a déci­dé, entre Paris et Bruxelles, qu’il fal­lait condam­ner à mort des mil­liers d’ouvrages, sou­vent cen­te­naires et par­fai­te­ment inté­grés au pay­sage, pro­dui­sant une éner­gie alter­na­tive mil­lé­naire par­ti­cu­liè­re­ment com­pé­ti­tive : l’eau.

La France, avec 74 fleuves, 416 rivières, 1.714 canaux et 1.288 tor­rents, est dotée d’un gigan­tesque poten­tiel hydro­élec­trique . S’il existe un débat d’experts sur le chif­frage exact de ce poten­tiel (entre 10.000 et 40.000 méga­watts), l’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie (rap­port 2017) l’évalue à 25.000 méga­watts, soit davan­tage que le poten­tiel des éner­gies fos­siles ; cinq fois celui du solaire, trois fois celui de l’éolien. Et avec des ins­tal­la­tions, basses, qui se fondent natu­rel­le­ment dans nos pay­sages, res­pec­tant l’environnement, tout en sti­mu­lant l’activité et les cen­taines de mil­liers d’emplois de la filière BTP-​construction. Des emplois non délo­ca­li­sables, à la dif­fé­rence des pro­duc­tions de pho­to­vol­taïques et d’éoliennes, très loin du ter­ri­toire fran­çais.

Des ouvrages mena­cés

Pourquoi cette ruée vers l’or de l’eau n’a pas encore eu lieu ? D’abord à cause de Bruxelles : au nom du prin­cipe de la conti­nui­té éco­lo­gique, la directive-​cadre sur l’eau (2000) impose à la France de détruire tout ce qui pour­rait faire entrave au cours de l’eau, rivière par rivière. Les aya­tol­lahs de l’écologie poli­tique s’engouffrent dans cette brèche curieuse (imagine-​t-​on l’équivalent sur la terre ferme, où il fau­drait détruire tout ce qui fait « entrave » à la nature ?) et, aidés en cela par des admi­nis­tra­tions zélées, poussent les ser­vices de l’Etat à une véri­table fré­né­sie des­truc­trice. En Seine-​Normandie, en Artois-​Picardie, en Loire-​Bretagne, ce sont des mil­liers d’ouvrages, du simple mou­lin jusqu’aux bar­rages de la Sélune, que l’on veut détruire avec l’argent public, le plus sou­vent contre l’avis des popu­la­tions locales .

Les idéo­logues, les admi­nis­tra­tions pari­siennes et Bruxelles auront le der­nier mot ; et tant pis si la réa­li­té de la nature et le mys­tère de la vie vont à rebours de ces dogmes : ce n’est pas parce que vous inter­rom­pez un cours d’eau que les gre­nouilles, puis les pois­sons, ne vont plus s’y déployer en abon­dance. Au contraire. Simplement, pour com­prendre ces phé­no­mènes, il faut non pas trac­ter, twee­ter, ou faire du lob­bying rue de Grenelle. Mais aller au contact de la nature ; arpen­ter les lacs et les rivières ; faire preuve aus­si d’une forme d’humilité, si étran­gère aux éco­lo­gistes mili­tants qui veulent façon­ner le monde et ses habi­tants à leur image.

(*) « Eoliennes : chro­nique d’un nau­frage annon­cé », Editions François Bourin, 2018.

Edouard Tétreau est asso­cié gérant de Mediafin.

Article écrit par : Édouard Tétreau – Publié le : 06/​02/​2019
Lien : https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/leolien-a-tout-prix-une-impasse-ecologique-962223
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