Ce que Warren Buffet a compris avant les gouvernements

Ne comp­tez pas trop sur les inves­tis­seurs pri­vés pour pour­suivre un autre objec­tif que les ren­de­ments et les pro­fits. Mais à long terme, ces objec­tifs peuvent dépendre de toutes sortes de fac­teurs finan­ciers, éco­no­miques, sociaux et gou­ver­ne­men­taux, dont les gou­ver­ne­ments semblent avoir eux-​mêmes plus de mal à tirer les consé­quences que nos gens d’argent.Un autre grand pro­jet d’exploitation des éner­gies fos­siles a du plomb dans l’aile au Canada en rai­son du retrait de l’un de ses prin­ci­paux bailleurs de fonds. Cette fois-​ci, la vic­time est le pro­jet de 14 mil­liards de GNL Québec de com­plexe de liqué­fac­tion au Saguenay, de gazo­duc et de ter­mi­nal mari­time d’exportation auquel vien­drait de tour­ner le dos la firme d’investissement du mil­liar­daire amé­ri­cain Warren Buffett.

Berkshire Hathaway n’a pas expli­qué les rai­sons de son retrait. Une porte-​parole de GNL Québec s’en tenait jeu­di à dire « qu’un inves­tis­seur poten­tiel impor­tant a déci­dé de ne pas aller de l’avant en rai­son du contexte poli­tique cana­dien des der­nières semaines ». De nom­breux obser­va­teurs exté­rieurs en ont rapi­de­ment conclu que c’est des bar­rages fer­ro­viaires autoch­tones contre le pro­jet de gazo­duc Coastal GasLink qu’il était question.

Au gou­ver­ne­ment du Québec, on par­lait plus géné­ra­le­ment de l’importance de l’évaluation envi­ron­ne­men­tale et « de pas­ser le test de l’acceptabilité sociale », alors qu’à Ottawa, le pre­mier ministre Trudeau évo­quait la prise de conscience des consom­ma­teurs et des inves­tis­seurs face aux bou­le­ver­se­ments cli­ma­tiques et que son ministre de l’Environn… du Patrimoine, Steven Guilbeault, sou­li­gnait l’impact inévi­table des « objec­tifs ambi­tieux » de réduc­tion de gaz à effet de serre des gou­ver­ne­ments au Canada.
 

Pas un vert

Mettons tout de suite les choses au clair. Warren Buffett n’est pas homme à lais­ser pas­ser une bonne occa­sion d’affaire au nom d’objectifs plus grands et plus nobles que la quête de pro­fit. Au Financial Times qui lui deman­dait, l’an der­nier, pour­quoi il avait inves­ti 30 mil­liards $US dans des éoliennes en Iowa, le « sage d’Omaha » avait répon­du : parce que les gou­ver­ne­ments les sub­ven­tionnent et rendent l’opération très payante.

On a fait grand cas, au début de l’année, de l’appel lan­cé par le patron de l’immense fonds d’investissement BlackRock en faveur d’une prise de conscience des inves­tis­seurs et des entre­prises face à l’urgence de la lutte contre les bou­le­ver­se­ments cli­ma­tiques. Mais ce que leur disait Larry Fink, c’est que ne rien faire allait leur coû­ter, à la longue, beau­coup plus cher que de s’engager dans une tran­si­tion verte.

C’est aus­si au nom des inté­rêts finan­ciers à long terme des entre­prises et de leurs action­naires que le Forum éco­no­mique mon­dial en a appe­lé, cette année, à Davos, à un capi­ta­lisme sou­cieux de l’ensemble « des par­ties prenantes ».

L’une des prin­ci­pales craintes des inves­tis­seurs face aux éner­gies fos­siles est d’engager des mil­liards dans des pro­jets qui ne se réa­li­se­ront jamais ou qui seront à peine ren­tables. Le Financial Times esti­mait, le mois der­nier, que 84 % des réserves fos­siles connues devront res­ter sous terre si les gou­ver­ne­ments tiennent leur pro­messe de limi­ter le réchauf­fe­ment de la pla­nète à 1,5 °C, tirant, par le fait même, un trait sur près de 900 mil­liards d’actifs.

Un forum de l’ONU regrou­pant de grands inves­tis­seurs met­tait en garde leurs congé­nères cet automne contre le faux sen­ti­ment de sécu­ri­té que peut leur don­ner l’actuelle indo­lence des gou­ver­ne­ments face à ces enjeux. Ces der­niers pren­dront bien­tôt conscience de leur retard et cher­che­ront à rat­tra­per le temps per­du, ont-​ils prévenu.

Dans le siège passager

Dans ce contexte, non seule­ment les inves­tis­seurs ont-​ils l’embarras du choix quand vient le temps de choi­sir un pro­jet dans le sec­teur de l’énergie, mais on peut com­prendre aus­si qu’ils soient ten­tés de s’en détour­ner aus­si­tôt qu’il appa­raît trop cher, trop ris­qué, trop expo­sé à la contes­ta­tion sociale ou en contra­dic­tion fla­grante avec les objec­tifs décla­rés des pou­voirs publics en matière environnementale.

On recon­naît ici le sort qu’ont subi bien des pro­jets dans le sec­teur éner­gé­tique cana­dien, comme récem­ment la mine de sables bitu­mi­neux de Teck Resources, et il y a plus long­temps le gazo­duc de Pacific Northwest en Colombie-​Britannique, l’oléoduc Énergie Est ou le pro­jet de port métha­nier Rabaska.

Chaque fois, ce sont leurs pro­mo­teurs eux-​mêmes qui ont jugé que les condi­tions finan­cières, éco­no­miques, sociales, envi­ron­ne­men­tales ou poli­tiques n’étaient pas réunies et qui en ont tiré les consé­quences, plu­tôt que les gou­ver­ne­ments dont c’est pour­tant cen­sé être le rôle de tenir compte de l’ensemble de ces facteurs.

C’est à croire que nos gens d’argent par­viennent mieux que les gou­ver­ne­ments à sai­sir l’humeur popu­laire et les consé­quences à long terme de leurs propres enga­ge­ments, notam­ment en matière climatique.

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