Au large de la côte belge, des éoliennes gagnent en puissance

Depuis la côte belge, il faut navi­guer une heure pour aper­ce­voir le parc Norther et ses 44 gigan­tesques éoliennes en Mer, une tech­no­lo­gie qui gagne rapi­de­ment en puis­sance et équi­pe­ra bien­tôt la France, contri­buant à ver­dir l’éner­gie mon­diale.
Le plus grand parc éolien off­shore belge à ce jour se déploie à 23 km des ports d’Ostende et Zeebruges, dans une zone d’in­tense tra­fic de tan­kers et porte-​conteneurs géants. Achevé cet été après deux ans, il aligne 44 éoliennes hautes de près de 200 mètres, de quoi ali­men­ter 400.000 ménages en élec­tri­ci­té.
Au milieu des mou­lins tour­nant en cadence, une pla­te­forme appa­raît, sem­blant toute petite : la sous-​station élec­trique, char­gée de cen­tra­li­ser le cou­rant à 220 kilo­volts, expé­dié via un énorme câble sous-​marin abou­tis­sant sous la plage de Zeebruges pour rejoindre le réseau élec­trique belge.
Mais dans ce sec­teur, ces 44 éoliennes ne sont pas seules : on en compte plus de 200 autres, à perte de vue sur l’ho­ri­zon, édi­fiées peu à peu depuis 2009 sur ce champ dédié. Plus au large encore, deux parcs sont en construc­tion.
L’éolien en mer ne four­nit aujourd’­hui que 0,3% de l’élec­tri­ci­té mon­diale (15% au Danemark, 8% au Royaume Uni, 3 à 5% en Belgique, Allemagne ou aux Pays-​Bas). Mais le poten­tiel de ce jeune sec­teur est “épous­tou­flant”, du fait des pro­grès de la tech­no­lo­gie, sou­ligne l’Agence inter­na­tio­nale de l’éner­gie (AIE).
“Aux Pays-​Bas par exemple, le prix de pro­duc­tion a bais­sé de 70% en huit ans grâce d’a­bord à la mise au point de tur­bines plus grosses”, explique Lydia Schot, char­gée du déve­lop­pe­ment de l’éo­lien off­shore chez Eneco, le four­nis­seur d’éner­gie néer­lan­dais co-​développeur du parc Norther.
A Norther, chaque éolienne (du danois Vestas) a une capa­ci­té de 8,5 mega­watts (MW), avec des pales de 82 mètres.
Il y a quelques années, les machines fai­saient 2 ou 3 MW. Aujourd’hui General Electric en pro­duit une de 12 MW aux pales de 107 mètres, annon­cée sur plu­sieurs pro­jets en Grande-​Bretagne et aux Etats-​Unis. Et l’in­dus­trie pro­met 15–20 MW pour 2030.
– “Puzzle” -
Profitant de vents forts et régu­liers, les éoliennes off­shore sont bien plus grandes que les ter­restres.
Dans les nou­veaux parcs comme Norther, les éoliennes tournent à plein régime près de 50% du temps, une effi­ca­ci­té simi­laire à celle des cen­trales à gaz ou à char­bon, note l’AIE.
“L’expérience acquise limite les risques et impré­vus”, dit Lydia Schot.
Ces gros pro­jets (1,2 mil­liard d’eu­ros pour Norther, sup­por­té par ses action­naires et une dizaine de banques) sont de fait rare­ment simples.
Il y a les recours. A Ostende, la contes­ta­tion n’est venue ni des pêcheurs ni des orni­tho­logues, mais de très grands ports voi­sins et d’une com­pa­gnie mari­time, autour du par­tage du ter­ri­toire. Norther a dû renon­çer à des kilo­mètres car­rés et à une dizaine d’éo­liennes, explique Tom De Clerck, leur ges­tion­naire de per­mis.
A terre, le calen­drier a aus­si pâti d’un recours contre une infra­struc­ture de trans­port élec­trique.
Les contraintes tech­niques aus­si sont fortes.
La mer du Nord ayant subi deux guerres mon­diales, le site de Norther a dû être débar­ras­sé des muni­tions non explo­sées qui s’y trou­vaient encore.
Pour évi­ter l’é­ro­sion due aux cou­rants, le sol marin a été ren­for­cé avec des pierres, tan­dis que sur la tra­jec­toire du câble, les dunes sous-​marines étaient apla­nies. A chaque éolienne, il a fal­lu, selon l’im­plan­ta­tion, adap­ter le dia­mètre du pieu de fon­da­tion, plan­té à 50 mètres de pro­fon­deur dans le sol argi­leux, sous 15 à 30 m d’eau.
“Un autre pro­blème est qu’il y avait déjà plein de câbles sur ce sec­teur. On s’est retrou­vés avec une zone bis­cor­nue (à amé­na­ger). Mais ça ne nous a pas arrê­tés, on a fait le puzzle !”, ajoute Tom De Clerck.
Aujourd’hui, Eneco, qui fut can­di­dat au pro­jet de parc de Dunkerque (attri­bué en juin à un consor­tium com­pre­nant le fran­çais EDF), se ver­rait bien, avec d’autres opé­ra­teurs, mettre un pied en France. Longtemps frei­né dans ce pays par les recours et com­pli­ca­tions régle­men­taires, l’éo­lien off­shore y sort la tête de l’eau.
Sept parcs y sont pla­ni­fiés, le pre­mier pré­vu en 2022 face à Saint-​Nazaire (Loire-​Atlantique), et d’autres appels d’offres sont atten­dus.
Au-​delà de l’Europe du Nord, pion­nière, l’AIE anti­cipe un essor mas­sif de cette éner­gie un peu par­tout, notam­ment en Chine, pour peu que les Etats l’ac­com­pagnent.

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