Article Revue Joule

Selon une étude publiée ce 4 octobre 2018 dans la revue Joule, l’augmentation du nombre de parcs éoliens indui­rait une élé­va­tion signi­fi­ca­tive des tem­pé­ra­tures près de la sur­face, sur­tout visible en cours de nuit. Le papier se base sur l’observation et la modé­li­sa­tion des para­mètres envi­ron­ne­men­taux à proxi­mi­té des parcs éoliens ins­tal­lés aux États-​Unis. Ces résul­tats n’ont pas voca­tion à ralen­tir la tran­si­tion vers des éner­gies renou­ve­lables, comme le pré­cise l’auteur prin­ci­pal. Ils par­ti­cipent au contraire à l’évaluation des aspects posi­tifs et néga­tifs propres à chaque mode de pro­duc­tion éner­gé­tique, afin d’éclairer les déci­sions et pro­jets futurs. 

Pour limi­ter l’amplitude du réchauf­fe­ment glo­bal autant que faire se peut, l’humanité doit tran­si­ter le plus rapi­de­ment pos­sible vers une éco­no­mie sobre en car­bone – que l’on appelle aus­si par­fois de façon abu­sive une éco­no­mie dé car­bo­née. Cet objec­tif passe notam­ment par l’abandon total ou par­tiel des éner­gies fos­siles – pétrole, gaz, char­bon entre autres -, encore gran­de­ment uti­li­sées à l’heure actuelle, au pro­fit d’énergies alter­na­tives. Ces der­nières incluent par exemple les renou­ve­lables, dont l’éolien et le solaire sont celles qui viennent le plus sou­vent à l’esprit.

Mais com­ment des éoliennes peuvent-​elles mener à un réchauf­fe­ment de l’air près de la surface ?

En fait, contrai­re­ment aux éner­gies fos­siles qui conduisent à une accu­mu­la­tion nette de cha­leur dans l’ensemble du sys­tème cli­ma­tique – via l’émission de gaz à effet de serre -, les éoliennes pro­voquent une simple redis­tri­bu­tion de la tem­pé­ra­ture consé­cu­tive au bras­sage de l’air par les pales.

L’air le plus proche de la sur­face, au pied de l’éolienne, a en effet ten­dance à être plus froid que celui situé à son som­met, sur­tout en cours de nuit où le sol se refroi­dit plus vite que l’air au-​dessus. Le mou­ve­ment des pales induit un mélange entre ces deux niveaux, et aug­mente fina­le­ment la tem­pé­ra­ture près du sol – mais la refroi­dit en altitude.

Bien qu’ayant des impli­ca­tions comme nous l’avons vu plus haut, cet effet local et sans pro­duc­tion nette de cha­leur n’a donc rien de com­pa­rable avec le réchauf­fe­ment glo­bal pro­vo­qué par les rejets de gaz à effet de serre.

Toutefois, dans l’optique d’une éco­no­mie dé car­bo­née, l’analyse pré­cise de l’impact envi­ron­ne­men­tal lié aux dif­fé­rentes éner­gies alter­na­tives per­met­tra peut-​être d’en pri­vi­lé­gier certaines.

Par exemple, choi­sir une pers­pec­tive pré­fé­ren­tiel­le­ment orien­tée vers le solaire plu­tôt que vers l’éolien – pour le même taux de pro­duc­tion d’énergie, le solaire pho­to­vol­taïque a près de dix fois moins d’impact sur les variables cli­ma­tiques que les sys­tèmes éoliens. 

Ou alors, sim­ple­ment modi­fier le fonc­tion­ne­ment des tur­bines asso­ciées à ces der­niers, en pri­vi­lé­giant leur fonc­tion­ne­ment en cours de jour­née plu­tôt qu’en cours de nuit afin de mini­mi­ser l’effet sur la tem­pé­ra­ture. (sachant que le taux d’utilisation des éoliennes qui est obser­vé est déjà très faible…environ 25%)

En tout cas, il convient d’insister sur le fait que même si les éner­gies renou­ve­lables auront sans nul doute des consé­quences envi­ron­ne­men­tales, cela n’est en aucun cas une rai­son pour conti­nuer à uti­li­ser mas­si­ve­ment les com­bus­tibles fos­siles (bien plus pro­blé­ma­tiques) ou à retar­der voire reje­ter la tran­si­tion vers les éner­gies alternatives.

À ce sujet, l’auteur prin­ci­pal de l’étude, Lee M. Miller, craint que ces résul­tats soient mal inter­pré­tés voire détour­nés par les néga­teurs du chan­ge­ment cli­ma­tique ou dans l’intérêt des groupes indus­triels impli­qués dans la pro­duc­tion d’énergies car­bo­nées. « Je n’ai aucun doute sur le fait que ces résul­tats seront mal inter­pré­tés », indique-​t-​il.

Article écrit par : Damien Altendorf, rédac­teur scien­ti­fique – Publié le : 21/​10/​2018
Lien : https://sciencepost.fr/laugmentation-du-nombre-de-parcs-eoliens-induirait-un-rechauffement-significatif-des-temperatures-de-surface-selon-une-nouvelle-etude/
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