Allemagne : l’éolien, en crise, supprime des emplois – International

Le scé­na­rio catas­trophe est deve­nu réa­li­té pour l’éolien alle­mand. Le plus gros fabri­cant natio­nal de tur­bines, Enercon, a annon­cé ven­dre­di la sup­pres­sion de 3 000 emplois, soit près du quart de ses effec­tifs. Fin sep­tembre, son prin­ci­pal concur­rent, le groupe danois Vestas, l’avait pré­cé­dé avec un plan social de 500 postes, soit aus­si envi­ron 20 % de ses sala­riés en Allemagne. Les entre­prises tirent les consé­quences d’un mar­ché morose. Avec seule­ment 507 MW ins­tal­lés entre jan­vier et fin sep­tembre, le déve­lop­pe­ment du sec­teur est au plus bas depuis vingt ans. L’agence pour l’énergie éolienne (FA Wind) table sur la mise en ser­vice de 1 000 MW maxi­mum en fin d’année, très loin du pla­fond annuel de 2 800 MW alloués par le gouvernement.

La branche paie le prix de plaintes tou­jours plus nom­breuses contre les pro­jets éoliens. Les recours ont qua­si­ment fait dou­bler le temps moyen de réa­li­sa­tion — qui s’établit désor­mais à 20,5 mois —, depuis 2014, d’après une récente étude de FA Wind. L’année 2019 a été par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile car les ini­tia­tives citoyennes ont qua­si­ment tout raflé lors des appels d’offres de 2017. Elles ne devaient pas ras­sem­bler toutes les auto­ri­sa­tions, comme les acteurs com­mer­ciaux, pour pré­sen­ter un dos­sier et se heurtent main­te­nant à des difficultés.

Les entre­prises licen­cient éga­le­ment car les pers­pec­tives d’avenir ne sont pas meilleures. Seulement 41 % des capa­ci­tés mises en jeu cette année ont trou­vé pre­neur. Pis, la branche dénonce de nou­velles res­tric­tions intro­duites par le gou­ver­ne­ment d’Angela Merkel. Pour apai­ser la contes­ta­tion contre les nui­sances des tur­bines, la grande coa­li­tion a adop­té le prin­cipe mini­mum d’une dis­tance de 1 000 mètres entre les éoliennes et les zones habi­tées, avec pos­si­bi­li­té, comme le fait déjà la Bavière, d’aller encore plus loin.

« La règle est for­mu­lée de telle manière qu’aucune construc­tion d’éolienne ter­restre ne sera pos­sible pour des années »

De sur­croît, le minis­tère de l’Economie, tenu par les chrétiens-​démocrates (CDU), en a rete­nu une inter­pré­ta­tion très res­tric­tive dans un pro­jet de loi qui a fui­té mar­di dans la presse : les 1 000 mètres com­mencent à par­tir du der­nier ter­rain construc­tible ou d’un groupe de cinq mai­sons. « La règle est for­mu­lée de telle manière qu’aucune construc­tion d’éolienne ter­restre ne sera pos­sible pour des années », com­mente Patrick Graichen, patron de l’institut Agora Energiewende. L’office fédé­ral pour l’Environnement rap­pelle qu’avec une telle régle­men­ta­tion jusqu’à 50 % du parc actuel n’aurait pu voir le jour.

Patates chaudes. Les sociaux-​démocrates ne comptent pas lais­ser le texte en l’état. Les patates chaudes cir­culent néan­moins dans les deux sens entre les par­te­naires de la grande coa­li­tion. La CDU accuse le SPD de blo­quer une cla­ri­fi­ca­tion des règles envi­ron­ne­men­tales qui per­met­trait d’accélérer les pro­cé­dures d’autorisation.

Les dif­fi­cul­tés de l’éolien ne font pas les affaires de la tran­si­tion éner­gé­tique alle­mande. Le rythme actuel ne per­met­tra pas de faire pas­ser le parc éolien ter­restre de 52,9 GW fin 2018 à 67–71 GW en 2030, chiffre rete­nu dans l’objectif gou­ver­ne­men­tal, déjà revu à la baisse récem­ment. Berlin compte faire mon­ter la part des éner­gies renou­ve­lables à 65 % de la consom­ma­tion élec­trique en 2030, en renon­çant tota­le­ment au nucléaire et pro­gres­si­ve­ment au char­bon.

« La sphère poli­tique est res­pon­sable de l’enlisement et par consé­quent des réper­cus­sions sur l’emploi. Elle peut cor­ri­ger la situa­tion », estime Hermann Albers, pré­sident de la fédé­ra­tion des acteurs de l’éolien. La Basse-​Saxe, qui accueille le siège social d’Enercon, presse la grande coa­li­tion de pas­ser aux actes. Une réunion entre Länder et gou­ver­ne­ment est pré­vue le 5 décembre.

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